A paraître

Idées de la nuit suivi de L'Homme-Balai

Idées de la nuit suivi de L'Homme-Balai

Philippe Beck

Parution mars 2023

En librairie le 3 mars 2023

184 pages

20,5 X 13,5 cm

18 euros

Idées de la nuit poursuit, dans sa forme quasi nietzschéenne, faite de courts chapitres qui sont autant de poèmes en prose, le chemin ouvert par Traité des sirènes, paru il y a deux ans au Bruit du temps. Mais, si la musique n’est pas absente du présent livre, avec des chapitres comme « Le chant dehors », ou « La cigale », la réflexion porte ici, de manière plus générale, sur la poésie, le fait poétique de la lumière : comment cette « autre clarté » qui, chez Hölderlin est donnée au poète mais qui, pour Philippe Beck semble dans le tunnel de l’époque sans cesse rejetée, et devant donc être tout aussi inlassablement cherchée, gagnée sur l’obscurité. Tout le livre peut apparaître comme une suite de variations sur ce thème des relations du clair et de l’obscur, de la poésie et de la nuit ; en même temps qu’il propose une sorte de panorama de ce thème poético-philosophique, de Platon (« La fin de la caverne ») aux romantiques (« Le goût pour la nuit, une bizarrerie ») et jusqu’à Mandelstam (« Projet de suppression de la lune »). Mais il y a surtout, dans ces pages, une tentative de créer une sorte de nouvelle cosmogonie, une « phénoménologie spéculative frottée de réel », pour reprendre les mots que lui-même utilise pour définir l’œuvre de Merleau-Ponty. Et cela afin de décrire de manière absolument inédite le monde, l’homme, l’origine de la pensée, en n’hésitant pas à convoquer les « tournoiements intuitifs » de l’étonnant Jean-Pierre Brisset (dont on doit la redécouverte à l’Anthologie de l’humour noir d’André Breton). Philippe Beck affirme ici une fois de plus son refus de la nuit pure de l’idéalisme platonicien, sa volonté de décrire notre condition d’hommes reliés par les paroles et les pensées, et plaide pour le poète chercheur qui fait danser les idées ou joue le rôle de l’éclaireur, sachant que ce monde-ci détient tous les secrets qu’il exprime. L’homme-balai, le deuxième livre de ce recueil est comme une mise en application pratique de cette ambition proclamée. Dans ce Journal de « non confinement » (parce qu’il ne s’agit en rien d’un journal intime mais de paroles non-cloisonnées, toujours adressées à un autre que soi) tenu quotidiennement en 2020, Philippe Beck tente de comprendre le sens de l’expérience que fut ce « moment de césure évidente » et de contrainte sédentaire. Il analyse en philosophe et en poète les éléments qui ont été le propre de ces journées — les applaudissements aux soignants (« La parole des mains »), le masque (« La rareté masquée »), etc. Un tel regard, sans cesse nourri de citations merveilleusement appropriées, se révèle particulièrement réjouissant et éclairant lorsque, au cœur du livre, Beck pousse à son terme l’idée de Swift voyant dans ses contemporains affublés de perruque des hommes-balais et montre que l’homme pollueur d’aujourd’hui, soulevant lui-même une poussière qu’il peine à effacer, est en réalité à l’inverse du sympathique balai « rendant propre en étant sale lui-même et aidant à nourrir le feu ». Ou lorsque, moderne La Fontaine, il convoque pour décrire le monde dans lequel nous vivons « des animaux respectés et réels (non idéalisés), exactement comme aux fables ». Philippe Beck, tout au long de ces pages, ne cesse de mobiliser une armée de métaphores, seules armes selon lui capables de former « une santé, une force de découpe dans les douleurs, pour aider à montrer les yeux différents qui regardent des choses prochaines ». En réponse aux « extrêmophiles », il ose opposer la bonté profonde du poète qui « crée de nouvelles images actives ».

L'AUTEUR

Poète et philosophe, Philippe Beck, né en 1963, est publié principalement aux éditions Flammarion où paraît parallèlement son dernier recueil de poèmes Ryrkaïpii. Sa poésie est à la fois savante et quotidienne, dépourvue d’emphase. Plus qu’aucun autre auteur de sa génération, il a apporté à la poésie un ton nouveau. Au Bruit du temps, il a publié en 2019 La Berceuse et le Clairon, un important essai, salué par Tiphaine Samoyault comme « un livre extraordinaire sur la lecture et sa capacité à créer du commun », le Traité des sirènes suivi de Musiques du nom, et, sous le titre Une autre clarté, le recueil de ses entretiens sur la poésie.

Une autre clarté. Entretiens 1997-2022
Domaine : Français

Une autre clarté. Entretiens 1997-2022

Philippe Beck

Parution mars 2023

En librairie le 3 mars 2023

Edition établie par Gérard Tessier

Postface de Stéphane Baquey

496 pages

19,8 X 12,8 cm

Collection Grande Poche n ° 4

16 euros

Dès le premier des entretiens sur la poésie ici réunis, et qui portent sur vingt-cinq années de publication, de Garde-manche hypocrite (1996) auTraité des Sirènes (2021), Philippe Beck se réfère à « l’autre clarté » propre à la parole poétique, dont parle Hölderlin, et à son désir de re-simplifier une poésie à laquelle on a pu faire le reproche d’hermétisme. Chesterton, dans son livre sur le poète anglais Robert Browning, lui aussi en son temps accusé d’être obscur et plus philosophe que poète, a montré de manière lumineuse que l’obscurité de Browning « avait une origine radicalement opposée à celle qui lui était attribuée. Il était inintelligible non parce qu’il était orgueilleux mais parce qu’il était humble. Il était inintelligible non parce que ses pensées étaient vagues, mais parce que, pour lui, elles étaient évidentes. » Chez Philippe Beck, la volonté de s’expliquer et la manière dont il le fait dans cette somme ininterrompue d’entretiens, sont sans doute les plus évidentes manifestations de cette humilité paradoxale et de la clarté de ses pensées. Quiconque se plongera dans la lecture de ce livre, devrait pouvoir y glaner ce qu’on peut lire de plus juste et de plus éclairant sur ce que peut être un art poétique contemporain. Parlant de lui-même, de sa pratique de poète, répondant, au fil des années, à des interlocuteurs qui vont du poète Henri Deluy au musicien Tedi Papavrami en passant par l’écrivain Pierre Michon ou le philosophe Alain Badiou, ne cesse de clarifier non seulement son œuvre propre et son rapport aux poètes qui l’ont nourri (Hölderlin, Coleridge, Hopkins, La Fontaine, Verlaine, Mandelstam...) mais surtout « cette bizarre activité identifiable, qui s’appelle Poésie ». Tout au long de ces pages, la poésie est sans cesse interrogée, redéfinie de la manière la plus éclairante qui soit. Devant la richesse du contenu, on ne peut que citer ici, un peu au hasard quelques exemples de cette lucidité. Qu’il s’agisse du rythme : « Il n’y a pas de vérité indépendante du rythme. Le rythme poétique n’est pas le rythme qui décore la vérité. Non, la vérité a un rythme d’emblée. La poésie est donc l’essai pour dire le rythme de la vérité, le rythme du vrai. » ; du poète comme chercheur et de son rapport à la tradition : « L’écriture d’un cœur chercheur est une écriture moderne, nourrie d’ancienneté vivante. » ; de l’apport de Beckett à la langue française : « Lui qui était irlandais a capté du vivant dans la langue française, mieux qu’un Français moyen, ou bien en s’appuyant à l’idiome moyen. Sa condition d’étranger n’est pas la raison de la trouvaille. Ou plutôt : il a le recul polyglotte pour faire vivre une langue française à la fois hybride et expressivement fossilisée. » ; de la responsabilité du poète (ou du romancier) face à l’histoire : « On ne peut évoquer les événements historiques et les personnages de l’Histoire, on ne peut les évoquer en poème ou en poésie qu’en vertu de l’attention humiliée ou de cette exactitude qui implique d’abord la transformation de soi en personnage, y compris en personnage fusible. » ; de son prétendu hermétisme, enfin : « Le procès en hermétisme donne l’occasion de rappeler que l’abstraction n’est pas un retrait hors du monde, mais très exactement l’analyse de ses fines composantes, la tentative pour trouver le “fort balancement du vrai” déposé en lui. Ce processus a lieu dans des phrases scandées et articulées de façon suggestive et non entièrement explicite, de sorte que le lecteur soit lui-même conduit à penser le monde. » Il n’est pas plus belle façon de dire de quelle manière la poésie peut être, aujourd’hui encore, agissante.

Stéphane Baquey, auteur de la postface, est maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille et l’auteur d’une thèse intitulée Possibles de la poésie : Michel Deguy, Denis Roche, Jacques Roubaud.
Gérard Tessier, éditeur du recueil, a également publié Beck, l’impersonnage (Argol, 2006), premier livre consacré au travail du poète, sous forme d’une rencontre dialoguée. Il est aussi, avec Isabelle Barbéris, l’éditeur des actes du colloque de Cerisy, Philippe Beck, un chant objectif aujourd ’hui, publié aux éditions Corti en 2014

De l'expérience poétique

De l'expérience poétique

John E. Jackson

Parution mars 2023

En librairie le 17 mars 2023

160 pages

20,5 X 13,5 cm

22 euros

À propos de l’auteur
Du même auteur :

Depuis le jour où, adolescent, il a été saisi par un sonnet de Baudelaire, John E. Jackson n’a cessé de s’interroger sur ce qu’est la poésie dans l’espoir d’en dégager les qualités distinctives chez des écrivains que tout oppose a priori. Qu’y a-t-il en effet de commun, notre émotion de lecteur mise à part, entre les chansons du troubadour Jaufré Rudel et le minimalisme inquiet d’un Samuel Beckett ? entre François Villon, celui de la « ballade pour prier Nostre-Dame », et un Paul Celan qui, écrivant après Auschwitz, profère une sorte de louange à Personne ? et même entre Sapho et Labé, Ronsard et Rückert, Racine et Goethe, Hölderlin et Dante, Eliot, Apollinaire, Shakespeare, Bonnefoy ou Mallarmé ? Aussi familier que Jackson soit de cette constellation de poètes, l’énigme foncière de la poésie lui résiste ; elle mérite néanmoins qu’il y ait consacré le gros de ses efforts d’interprète, ne serait-ce que pour reconnaître l’énormité de la dette affective contractée auprès de ces œuvres qui l’ont accompagné toute sa vie. Dans les différents chapitres de ce nouvel essai, Jackson appréhende plusieurs facettes du mystère. Dans le premier, intitulé « Musiques du sens », il fait l’hypothèse que la musique des mots prend le relais de notre désir de compréhension frustré « en instituant des modes de signification qui révèlent des dimensions allusives ou imageantes du langage que la parole ordinaire a tendance à recouvrir ou à masquer ». Dans un deuxième chapitre, convaincu qu’un poète est avant tout une voix, il s’efforce de la définir : « elle n’est pas, ou pas seulement, une façon de parler, elle est l’accent particulier qu’une dimension presque insaisissable donne à cette façon, une modulation qui fait frémir les mots mais sans se laisser réduire à eux ». Il constate ensuite que la poésie, aussi bien médiévale que moderne, a toujours eu besoin des dieux, et se penche sur les raisons de ce nécessaire souci de la transcendance avant d’aborder la question difficile de la réalité que le poème est en mesure de cerner. Bien loin d’être un pur miroir de la psyché de son auteur, la poésie se nourrit pour lui « d’une ambition ontologique qu’il convient d’analyser même si c’est pour reconnaître en elle le caractère inachevable d’une dialectique de l’objectif et du subjectif ». Cet essai vaut par aussi pour l’émouvante profession de foi critique à laquelle Jackson se livre in fine ; cet art de la lecture qu’il défend exige précision et respect de la parole du poète : « Ce qu’il importe de se rappeler quand on cherche à interpréter de la poésie, c’est que celle-ci, quand elle est authentique, n’est jamais que la recherche d’une réalité ou d’une vérité dont son auteur dispose d’autant moins qu’il n’a, précisément, que son poème pour la chercher lui-même. ‘‘La réalité, écrivait Paul Celan, n’est pas. La réalité demande à être cherchée et conquise.’’ L’acte de l’interprétation ne peut être, au mieux, qu’une tentative seconde. »

L’AUTEUR

John E. Jackson, né en 1945 au Caire, a été professeur de littérature en Suisse. Polyglotte de formation, il a consacré une vingtaine d’ouvrages critiques aux courants lyriques et théâtraux de la tradition européenne et publié aussi huit recueils de poèmes.

Sur la voie abrupte

Sur la voie abrupte

Jean-Claude Caër

Parution avril 2023

En librairie le 7 avril 2023

60 pages

20,5 X 13,5 cm

17 euros

Jean-Claude Caër a pensé ce recueil durant cet étrange printemps 2020 où le gouvernement nous intimait de nous claquemurer et de limiter nos déplacements à l’essentiel. Plutôt que de rester à Montmartre sans pouvoir n’y rencontrer personne, Caër a décidé de retourner vivre avec sa femme dans la ferme même où il est né, à Plounévez-Lochrist. Ce retour amont sur les terres de son enfance semble l’avoir remis en contact avec tout un pays qu’il avait en partie refoulé lors de ses virées aux bouts du monde, celui, empreint d’une certaine raideur léonarde, de ses parents et grands-parents : « chaque route, chaque talus, chaque sentier / plongent vers les ancêtres ». Ce repaysement forcé est pour l’auteur l’occasion d’une inhabituelle mise à nu, alors même qu’il écrit depuis toujours une sorte de journal de sa vie en poèmes. Entre les ancêtres et lui s’établit un dialogue fait tantôt de connivence tantôt d’effroi : il faut d’ailleurs entendre ce mot d’« ancêtres » dans un sens large, qui recouvre à la fois ceux que la nature lui a donnés pour parents, et ceux qu’il s’est donnés pour maîtres parmi les grands morts : poètes, architectes ou sculpteurs (au cours de ses voyages d’avant et d’après le confinement, Caër se rend par exemple à Saint-Pétersbourg au musée Anna Akhmatova ou au cimetière non catholique de Rome où il se recueille sur les tombes de Shelley et Carlo Emilio Gadda). Reste que ses souvenirs les plus marquants lui sont redonnés en 2020 à travers le paysage immémorial de la Bretagne, où l’intermittent voyageur des confins qu’il est, angoissé par le désert d’hommes alentour, s’attache aux bernaches, ces oiseaux migrateurs en partance pour la Sibérie. Il y a quelque chose d’émouvant à voir Caër faire alors un usage quasi-magique d’objets, au premier rang desquels il y a la machine à écrire étiquetée du Vietnam qui lui vient du grand-père d’une amie, administrateur autrefois sur le territoire des Moï. En voyageant, en écrivant, Caër aura peut- être accompli sous le signe du bonheur ce que ses ancêtres, eux, auront fait, plus ou moins, par nécessité : au séjour contraint de son père en Allemagne pendant la guerre de 40 répond son propre désir — alors empêché — d’une marche en Forêt noire. Le recueil est composé de sept parties ; celle du confinement occupe le centre et donne la tonalité générale au volume qui, s’ouvrant sur une suite de poèmes en hommage discret à sa femme, s’achève, comme dans son précédent opus, sur une évocation de sa mère à l’agonie. Pour autant, ce livre quasi testamentaire, d’adieu au voyage (« Sur la voie abrupte, le monde ne reviendra pas. ») n’est pas lugubre ; il est porté par une passion de la vie et un art de la légèreté qui se veut un peu japonais. Cäer évoque, dans l’esprit des haïkus, les sujets les plus graves sans jamais peser : « Après la pluie, les amis. / Après les amis / La neige. / Ah, quel délice ! »

L’AUTEUR

Né à Plounévez-Lochrist, en Bretagne en 1952, Jean-Claude Caër, qui a longtemps gagné sa vie comme correcteur au Journal officiel, a publié plusieurs recueils aux éditions Obsidiane avant de confier les suivants au Bruit du temps : Alaska (2016), Devant la mer d’Okhotsk (2019). Son goût pour l’Amérique et les anciennes civilisations amérindiennes l’a également amené à traduire, avec Pascal Coumes, Les Chants de Nezahualcoyotl (réédités aux éditions Arfuyen) qui célèbrent l’unité fondamentale de la vie et de la mort.

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